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Marseille en mode coopération

Marseille en mode coopération09 10 2026

Kamel, vous êtes Président de la Fondation Macif depuis janvier 2026. Concrètement, que sont ces coopérations territoriales ?


Kamel Saci :

"La coopération territoriale existait déjà avant que la Fondation Macif ne s'empare de ce sujet en 2024. Cette dynamique de collaboration et d'action s'est réellement structurée au début des années 2000. C'est d'ailleurs le Labo de l'ESS, le partenaire qui nous accompagne dans la mise en œuvre de nos coopérations territoriales qui a théorisé ce concept. Et c'est à cette époque que sont nés les premiers PTCE, ou Pôle Territorial de Coopération Economique. Un modèle calqué sur le modèle des pôles de compétitivité industriels mais centré sur l'utilité sociale et le bénéfice local.  Et c'est enfin la loi Hamon, il y a 12 ans, qui lui a donné son cadre légal et juridique. Concrètement, on se réunit à plusieurs acteurs : associations, fondations, entreprises de l'ESS, acteurs publics, chercheurs, représentants des habitants,etc. et on travaille sur le temps long pour identifier des moyens d'action qui répondent à une problématique de terrain : le recyclage, l'accès à une alimentation saine, la chaleur en ville, les mobilités douces et actives... Des sujets qui font écho à notre feuille de route "Pour une transition écologique juste".


Pourquoi avoir monté une coopération sur Marseille ?

Anne-Marie Teboul, animatrice de la commission Fondation en région Paca-Corse

"Pour parler de cela, il faut d'abord avoir en tête la gouvernance très spécifique de la Macif, qui est une mutuelle avec des représentants de ses sociétaires (les assurés) à sa tête. Je suis moi-même représentante des sociétaires Macif pour la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et Corse. Et en tant qu'élue, mon rôle est d'identifier les fragilités de mon territoire et de les faire remonter dans les instances Macif. Je ne suis pas seule d'ailleurs pour ce faire. Sur la région Pacac, nous sommes 70 élus qui représentons les sociétaires de la Macif. Et 7 d'entre eux siègent au sein de la commission Fondation. Lorsque le Conseil d'administration de la Fondation Macif a acté le principe de coopération en 2024, j'ai dit "banco" ! Aussitôt, je suis retournée voir les élus de ma commission pour leur dire : "On y va ! On va expérimenter".


Du coup, vous n'êtes pas sûre du résultat final ?

Anne-Marie Teboul : Effectivement non. On se donne le droit à l'erreur. On prend le risque. Mais l'accompagnement du labo de l'ESS et l'implication de tous les acteurs pour réussir cette coopération me donnent bon espoir. 

Kamel Saci : La vraie distinction avec notre mode d'intervention actuel (sous forme de subventions à un projet bien déterminé), est le temps long et le fait de ne pas savoir à l'avance les solutions qui seront mises en place. Du coup, nous finançons du temps d'ingénierie généralement porté par l'un des acteurs de la coopération, plutôt qu'un projet daté et concret. Sur Marseille, c'est la Cité des transitions qui est financée pour structurer la démarche de coopération et la faire avancer.


Quelle problématique de terrain avez-vous identifié sur Marseille ?

Marianne Morini, de la Cité des transitions :

"Tout est parti d'une discussion il y a 3 ans avec Bouchra Rguibi, la Chargée de mission Fondation et ESS de la Macif sur le territoire. La Cité des transitions avait alors une seule année d'existence et on a initié un premier travail collaboratif avec la Macif sur le thème "Jeunesse et ESS". On a tout de suite identifié des passerelles avec Bouchra car nous avions des enjeux communs, notamment sur la transition écologique. Marseille est particulièrement concernée par les inégalités de santé. Dans certains quartiers, il est même relevé une différence d'espérance de vie pouvant aller jusqu'à 10 ans. Pour autant, les facteurs peuvent être multiples : problèmes d'accès aux soins, à une alimentation de qualité, à un travail moins pénible, pollution de l'eau, manque d'espaces verts... Cette pluralité de causes et de potentielles solutions à mettre en œuvre nous oblige à nous ouvrir à une pluralité d'acteurs : la Ville, l'agence régionale de Santé, les associations d'habitants, et des acteurs privés comme la Macif et sa Fondation. En initiant cette coopération, en la finançant et en y participant, la Fondation Macif nous permet d'y dédier du temps : du temps pour échanger, partager nos constats, et au final avoir plus d'impact au moment où les solutions seront mises en place. 


Quels ont été les moments clés de cette coopération qui a démarré il y a XX mois ?

Anne-Marie Teboul : Durant les 6 premiers mois, on a constitué le collectif et travaillé sur les enjeux et problématiques du territoire. Le collectif comprenait, en sus de la Fondation Macif, France Active PACA, Combo et la Cité des Transitions. La santé environnementale cochait plein de cases mais il manquait alors, dans la coopération, un acteur associatif du monde de la santé. On s'est alors rapproché de Banlieues Santé qui a, dans son équipe, un économiste de la santé. Tout cela, ce sont de belles rencontres qui sont sources d'espoir pour l'avenir.


Qu'est-ce qui est important pour que cette coopération fonctionne ?

Marianne Morini : Pour moi, le premier facteur est l'écoute des habitants. Il faut que les constats, les besoins, les attentes, viennent des habitants. Nous ne sommes pas là pour calquer des solutions vues ailleurs qui pourraient ne pas fonctionner sur notre territoire. Enfin, mon rôle est de faire avancer les travaux donc de maintenir une dynamique et un engagement de tous les acteurs sur plusieurs années. Pour le moment, on se réunit tous les mois et tout va bien !


Anne-Marie Teboul : Selon moi, il faut que cette coopération reste ouverte. D'autres acteurs peuvent nous rejoindre. Nous ne sommes qu'au début du travail engagé. On se donne environ 4 ans pour arriver à des solutions efficaces et partagées pour réduire cet écart d'espérance de vie entre les quartiers Nord et Sud de Marseille. 


Kamel Saci : Il faut garder à l'esprit qu'on ne peut faire seul. Il faut à la fois une cohorte de sachants, mais aussi une cohorte de financeurs. La Fondation Macif finance les travaux de cette coopération, l'ingénierie du projet, le temps dédié des acteurs, mais elle ne pourra probablement pas financer seule les futures solutions qui seront mises en œuvre. France Active peut être un soutien financier supplémentaire ; la force publique, sur ces enjeux là, devra aussi probablement prendre sa part le moment venu car nous ne pouvons nous substituer au rôle de l'Etat.