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Tri et recyclage des vêtements : la fibre solidaire Article Tri et recyclage des vêtements : la fibre solidaire En France, 100 000 tonnes de vêtements sont collectées chaque année, dont la grande majorité par des acteurs de l’insertion sociale et professionnelle. Des conteneurs à la revente en magasins, jusqu’aux podiums des défilés, focus sur la filière de recyclage textile.

Les saisons passent et les modes avec, voilà pourquoi, notre garde robe évolue au fil des saisons ne laissant que peu de répit aux jupes, pantalons, chaussures, t-shirts et consorts. Qu’il s’agisse de notre propension à suivre les diktats de la mode ou du temps qui fait son œuvre, la plupart des vêtements dont nous faisons l’acquisition sont bel et bien éphémères. Selon l’ADEME, un français consommerait 17 kilos de textile par an dont 9 kilos de vêtements et 2 de chaussures. Un poids jugé suffisamment important pour se poser la question du devenir de nos vêtements. Une question à laquelle répondent Le Relais, Emmaüs, le Secours catholique ou encore Tissons la solidarité : on recycle !

Le Relais, précurseur dans le recyclage textile

Créé en 1984, le Relais, a fait de la récupération et du recyclage textile un système bien rôdé et connu de tous. Qui n’a pas déjà vu leurs fameux conteneurs blancs à proximité de son domicile, prêts à accueillir vêtements, chaussures, linge de maison dont il se souhaite se séparer ? Principal opérateur de la filière de recyclage textile, le Relais collecte, chaque année, 60 000 tonnes de fripes grâce à ce système de libre dépôt auquel viennent s’ajouter des opérations de porte-à-porte réalisées par le réseau de lutte contre l’exclusion.. Car au-delà de la froideur métallique des conteneurs, ce sont des femmes et des hommes en situation de précarité et d’exclusion qui travaillent à la seconde vie de nos dons. Ainsi, plus de 1100 salariés collectent, trient et recyclent nos vêtements dans les 18 usines du Relais en France. 40% d’entre eux seront destinés à être reportés, 45%, seront recyclés et 15%, jugés non utilisables et non recyclables, seront détruits dans des entreprises spécialisées, financées par le Relais.

Un problème économique et écologique de taille.

Ces chiffres tendent malheureusement à s’inverser depuis une dizaine d’années, le pourcentage de vêtements réemployables diminuant drastiquement face à l’augmentation de textiles dits « jetables ». Avec l’ouverture mondiale du marché européen du textile en 2005, leur présence s’est accrue, le consommateur étant bien souvent tenté d’acheter moins cher des vêtements généralement de moins bonne qualité. Ces vêtements "jetables" se retrouvent vite dans les conteneurs du Relais parmi les 100 000 tonnes, collectées chaque année. Des vêtements ni réemployables, ni recyclables…qui viennent inutilement s’entasser et provoquent par extension, une baisse du nombre de postes destinés à la revente des textiles dans les réseaux d’insertion. Ils augmentent, qui plus est, la part de déchets, impliquant, de fait, une destruction coûteuse et une incinération polluante.

La contribution textile

Face à cette situation critique et au regard d’un gisement de textile de 700 000 tonnes par an, dont seul un faible pourcentage est collecté, les acteurs de la filière de recyclage textile, parmi lesquels Emmaüs, se sont mobilisés, en 2005, pour trouver une solution législative. Initié par Martin Hirsch, alors président d’Emmaüs, la réflexion autour d’une taxe de contribution textile sera débattu pendant près de trois années, pour qu’enfin, en 2008, la taxe soit promulguée au journal officiel. Elle consacre le principe du pollueur payeur, soit : l’obligation pour les entreprises de prendre en charge leur production textile, de sa mise sur le marché jusqu’à sa fin de vie. Concrètement, il s’agit d’une contribution d’environ 1 centime d’euro, versée à un éco-organisme, pour chaque vêtement ou chaussure mis en vente. L’éco-organisme reverse ensuite cette contribution aux opérateurs de tri. L’objectif final étant de parvenir au réemploi et au recyclage de 50% du gisement national dans les années à venir. Les artisans de la filière de recyclage textile ne se reposent pour autant pas sur la mise en œuvre de cette règlementation : en parallèle de ces initiatives politiques et économiques, ils continuent à rechercher des alternatives face à l’augmentation croissante des déchets textiles.

Des initiatives innovantes

Du réemploi au recyclage, le devenir de nos vêtements prend des tournures insoupçonnées. Recyclés, ils peuvent être transformés en chiffons d’essuyage, effilochés dans le but d’en récupérer les matières premières (laine, coton, acrylique…) ou encore utilisés dans la fabrication d’isolants thermiques et acoustique pour le bâtiment. L’isolant Métisse fabriqué par le Relais en est un exemple. Coton, laine acrylique, polyester, les textiles, effilochés puis mélangés, constituent un matériau écologique, économique et durable pour isoler le bâtiment. Mais la fibre solidaire connaît parfois une fin de parcours plus glamour : Tissons la solidarité, que soutient la Fondation Macif depuis 2009, a récemment développé une griffe haute couture, dont les modèles sont créés à partir de vêtements récupérés. En mai 2010, les couturières de 5 chantiers d’insertion ont ainsi présenté leurs propres modèles lors d’un défilé à la Cité de la Mode sous le parrainage de Christian Lacroix. (Voir reportage).


Toutes ces initiatives, pour le moins innovantes, se rejoignent via l’Inter Réseau de la Fibre Solidaire. Ce collectif, fondé par Tissons la solidarité, Emmaüs France et Le Relais a pour objectif premier d’agir dans la lutte contre l’exclusion sur le territoire national et international par le tri et la revente de vêtements. Une action concertée afin d’être encore plus efficaces tant sur le plan social, grâce à la création d’emplois et de postes d’insertion, que sur le plan environnemental, grâce à une collecte et un tri textile toujours plus importants, réduisant ainsi la production de déchets. En somme, un vrai projet solidaire tiré à quatre épingles...

Mai 2010