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Quelle mobilité pour demain ? Article Quelle mobilité pour demain ? Autopartage, co-voiturage, voiture et vélo en libre service, nous les avons vu progressivement émerger et, parfois, à notre surprise, connaître un engouement sans précédent. La Fondation Macif soutenait à son démarrage Auto’trement, première coopérative d’autopartage en France et continue d’accompagner des projets de mobilité innovants. Tour d’horizon des mutations en cours.

Trente ans après les premières expériences d’autopartage en France, le service alternatif à la voiture individuelle organise ses premières rencontres nationales à Strasbourg, résultat d’une popularité qui, au fil du temps, ne se dément pas. En effet, beaucoup de régions disposent aujourd’hui d’un système d’autopartage, une situation qui s’explique, notamment, par l’évolution du rapport des français à l’automobile. « Ils sont de moins en moins attachés à leur voiture, résume Philippe Moati, directeur de recherche au Credoc (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de Vie)*. Une vision corroborée par le PIPAME (Pôle Interministériel de Prospective et d’Anticipation des Mutations Economiques), selon lequel « le véhicule neuf n’est plus le marqueur social qu’il était », le coût d’achat, d’entretien du véhicule et de l’essence pesant également de plus en plus lourd dans la balance .

Autopartage, covoiturage et véhicules en libre service... ou la mobilité durable

L’autopartage serait donc la solution aux difficultés économiques des français pour leurs déplacements ? Pas seulement. Aujourd’hui se superposent en masse divers services : autopartage privé ou public, covoiturage, vélo en libre service, taxi partagés, train, tramway, métro, bus… un ensemble qui s’inscrit dorénavant sous le vocable de mobilité durable, écomobilité ou encore mobilité partagée… « Un cortège de variantes sémantiques qui ont fait leur apparition, il y a quelques années, dans l’environnement politique, réglementaire et économique français et pour lesquelles figurent à l’origine des motivations environnementales, économiques ou sociétales  » explique Emmanuel Soulias, Directeur de la Responsabilité Sociale et Environnementale du Groupe Macif (« L’enjeu de la mobilité durable, contraintes ou opportunités ?  », Risques, les cahiers de l’assurance n°83).

Selon Georges Amar, responsable de l’unité de prospective de la RATP, il s’agit d’un changement de paradigme : « Nous passons d’une ère des transports, à celle de la mobilité. Jusqu’à aujourd’hui, on raisonnait en termes de moyens de transports : trains, bus, voiture… Avec, la mobilité, c’est la personne qui est au centre du raisonnement, parce que c’est elle qui va passer d’un bus à un métro à un vélo. »

Pour une vraie politique de mobilité

Cette multimodalité – le fait d’utiliser plusieurs moyens de transport- ne fait, pour autant, pas l’objet d’une réelle concertation nationale. En effet, que ce soit « en France, aux Pays Bas ou encore en Allemagne ou en Suisse où les exemples sont nombreux, il n’existe nulle part de politique nationale » dénonce Jimmy Arnoogum, de l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (IFSTTAR)**. Cependant, « des dispositions règlementaires européennes et nationales, des initiatives des régions et des communes, telles que l’Agenda 21 ou les plans de déplacements urbains (PDU) sont déployées pour mieux organiser les transports dans leur périmètre » précise Emmanuel Soulias.

D’autres acteurs, à l’échelle locale et régionale, tentent aussi d’apporter leurs propres réponses en déployant des offres de mobilité centrées sur la complémentarité. A l’exemple du projet mené par l’URSCOP Ile-de-France, lancé prochainement à Paris : une offre de transports combinant taxis partagés et accompagnement dans les transports en commun pour les personnes âgées isolées à faibles revenus. « L’idée n’est pas d’inventer un nouveau service, mais de mutualiser l’existant. » souligne Guillaume Mathieu, chef du projet. S’associent ainsi dans ce projet la coopérative Alpha Taxi et ses 1200 véhicules, les Compagnons du Voyage, association co-créé par la RATP et la SNCF, la Ville de Paris, la Fondation Macif et le Groupe Chèque Déjeuner, notamment.

Mettre en réseau, c’est aussi ce qui anime Thomas Peignard, responsable de l’association Lorraine Autopartage. Afin de déployer au mieux son offre, la structure a pensé une véritable complémentarité avec les autres modes de mobilité grâce à un abonnement combiné avec celui des transports en commun et l’utilisation d’un titre unique sur lequel seront chargés les abonnements au TER, tramway, suburbain ou encore du vélo en libre service. Elle souhaite également s’adresser aussi bien aux habitants des centres urbains issus de classes plutôt aisées, qu’à ceux des quartiers avec une dominante de logements sociaux où « il existe d’autres types de besoins, comme l’accès à l’emploi et à la formation... ».

Perte de mobilité : handicap social ?

Ces projets font écho à l’analyse développée par Georges Amar, dans son ouvrage Homo Mobilis selon laquelle : « La perte ou l’absence de mobilité est un handicap social : si vous n’avez pas la mobilité, vous êtes exclus de la société. » La mobilité serait donc devenue à la fois une nécessité et une obligation, mais pour laquelle des acteurs locaux et régionaux recherchent des solutions sociales et solidaires. Combinaison des modes de transports, réorganisation territoriale, système de partage et solidarité auprès des personnes isolées et/ou à mobilité réduite, semblent être, en effet, les clés de la mobilité de demain. En janvier dernier, des milliers de chercheurs débattaient autour de la question « comment penser et organiser la mobilité au XXIème siècle ? » à l’occasion du Transportation Research Board, à Washington. Gageons que ce sujet a encore de beaux jours devant lui.

* Entretien Le Parisien Economie du 7 mars 2011.
** Entretien Le Monde du 1er février 2011

Mars 2011