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Précarité énergétique : encore pour longtemps ? Article Précarité énergétique : encore pour longtemps ? Elle touche plus de 3 millions de ménages, en France mais reste pourtant invisible aux yeux de nombre d’entre nous. Phénomène social, environnemental et économique, la précarité énergétique devient le marronnier hivernal des médias. Que recouvre la notion de précarité énergétique aujourd’hui ? Qui touche-t-elle ? Qui la combat ?

C’est un rapport publié fin 2009 qui tire la sonnette d’alarme auprès du gouvernement : pas moins de 13% des ménages français sont en situation de précarité énergétique et rencontrent, au quotidien, des difficultés pour disposer de la fourniture d’énergie nécessaire afin de se chauffer, de s’éclairer, de s’alimenter ou de se laver. Le document, réalisé par des acteurs du logement, de l’énergie, de la lutte contre l’exclusion ou encore de l’environnement l’explique : la précarité énergétique résulte de la combinaison de trois facteurs principaux. Premièrement, des ménages vulnérables de par la faiblesse de leurs revenus, deuxièmement, une mauvaise qualité d’isolation thermique des logements occupés et enfin, un coût de l’énergie en hausse continue.

Des gouffres énergétiques et financiers

Car, « paradoxalement, ce sont les ménages les plus modestes qui occupent ces gouffres énergétiques et financiers » relève Marie Moisan, chargée de mission Précarité énergétique au CLER (Comité de Liaison des Energies Renouvelables). Ils seraient 300 000, en France, à devoir assumer des impayés de facture d’énergie, d’autres se résignant à des comportements à risques : calfeutrement des aérations, utilisations de poêles à pétrole, privation de chauffage… Des solutions inadaptées dont les conséquences présentent de nombreux risques pour la santé : maladies respiratoires, intoxication au monoxyde de carbone, brûlures… et favorisent parfois un isolement social au travers d’une spirale pernicieuse. Un logement en mauvais état et mal chauffé entraîne sa dégradation et une sensation d’inconfort, ce qui peut avoir pour conséquences un désinvestissement dans le logement et un mal être.

Un réseau d'acteurs en guerre contre la précarité énergétique

Des structures se battent contre cette spirale. Parmi celles-ci, le Réseau des Acteurs de la Pauvreté et de la Précarité Energétique dans le Logement (RAPPEL). Ce réseau rassemble des acteurs de l’énergie, du social, de l’habitat et de la santé pour élaborer des propositions de lutte contre la précarité énergétique et influencer la décision des pouvoirs publics. L’ANAH, Agence National de l’Habitat poursuit également une mission de lutte contre la précarité énergétique et finance des travaux d’isolation thermique ou d’installation de chauffage individuel et collectif. C’est avec la Fondation Abbé Pierre que l’ANAH a piloté le Rapport sur la précarité énergétique remis, début 2010, à Valérie Létard, alors Secrétaire d’état auprès du Ministre de l’Ecologie.

La Fondation Abbé Pierre, elle, construit des logements sociaux dans une perspective de diminution des charges énergétiques qui pèsent sur le budget des occupants, Enfin d’autres structures s’attèlent à une sensibilisation auprès des publics concernés, et notamment, le Programme d’Auto-production Et Développement Social (PADES) qui promeut l’autoproduction accompagnée en tant qu’outil de développement social et de solidarité et l’autoréhabilitation de logements pour lutter contre la précarité énergétique. La Fondation Macif soutient, depuis 2009, le programme Médiaterre d’Unis Cité. Médiaterre mobilise de jeunes volontaires pour accompagner des familles dans l’apprentissage d’éco-gestes afin de favoriser des économies d’énergies et contribuer à la préservation de l’environnement.

La création d'un observatoire national

Au niveau de l’Etat, le rapport de décembre 2009 a fait bouger les lignes : 9 propositions, articulées au niveau national et local ont été faites par le groupe de travail. L’entrée dans la loi de cette problématique sociale, avec le Grenelle de Mai 2010 marque un début de prise de conscience et participe d’une médiatisation plus ample. Mais la définition actuelle a des failles : n’y sont prises en compte que les personnes ayant choisi de se chauffer plutôt que d’économiser, excluant, de fait, toutes les personnes qui choisissent de se passer de chauffage. Par ailleurs, les données à disposition sont rares, reconnaissent les auteurs du rapport, démontrant une méconnaissance de l’étendue du problème.

Afin d’y parer, un observatoire national de la précarité énergétique, piloté par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) doit voir le jour : « un prérequis important pour disposer, enfin, de vraies données sur les ménages touchés par la précarité énergétique » explique Marie Moisan. Aujourd’hui la définition de la précarité énergétique repose, notamment, sur le taux d’effort énergétique, soit : les ménages qui consacrent plus de 10% de leurs ressources aux dépenses énergétiques. Un chiffre emprunté à la définition anglaise qui date d’une quinzaine d’années… « On est pourtant, dans de nombreux cas, au-delà de 15% des ressources consacrées à l’énergie. » souligne Marie Moisan. 2010 a été une « année de transition » pour cette dernière, qui souhaite voir dans ce qui a été proposé par le gouvernement un bon point de départ, mais pas une fin en soi.

Janvier 2011