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Panorama de l’innovation sociale dans le monde Article Panorama de l’innovation sociale dans le monde Philippe Durance, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) et co-auteur d’un rapport sur « la créativité et l’innovation dans les territoires » effectue, en collaboration avec la Fondation Macif et Campus Macif, des recherches sur l’innovation sociale en France et dans le monde. Tour d’horizon*
Une prise de conscience à un niveau international

L’innovation sociale est au coeur des réflexions des grandes organisations internationales : l’OCDE* , les Nations Unies, le Forum économique mondial de Davos ou encore la Commission Européenne se sont toutes emparées à leur manière du sujet.Le forum sur les innovations sociales, du LEED, Programme de développement économique et création d’emplois de l’OCDE, diffuse ainsi au niveau international les meilleures pratiques dans le domaine. Du côté des Nations Unies, l’une de ses cinq commissions régionales, le CEPAL**  a lancé un programme « Expériences en innovation sociale » pour identifier et médiatiser les initiatives clefs en matière de développement social dans les domaines de la santé, de l’éducation ou encore du développement agricole. Ambition affichée : inscrire les initiatives identifiées dans les politiques gouvernementales. Enfin, signe des temps, ce projet de société se retrouve au cœur des discussions du forum économique mondial de Davos, qui a choisi, en 2008, le thème de « la puissance de l’innovation collaborative ».

Québec : un précurseur inspiré

La sensibilité du Québec à l’économie sociale et son implication dans ce domaine a fait de ce pays un précurseur de l’innovation sociale. Plusieurs ministères développent ainsi des programmes d’aide à la recherche et à la diffusion des réflexions dans le domaine du développement durable, de l’éducation ou bien encore de l’accueil et de l’intégration des immigrants. Il existe même une « Génération de l’innovation sociale ». Créée par la Fondation J.W. McConnel, cette structure recherche, teste et partage de nouvelles façons de s’attaquer aux enjeux sociaux auxquels font face les canadiens.

Aux Etats-Unis : « les meilleures idées ne viennent pas toujours de Washington »

C’est l’une des plus médiatiques d’entre elles : le SICP***  est créé, en 2009, à l’initiative de Barack Obama, conscient que son gouvernement ne peut à lui seul résoudre les problèmes de la nation américaine. Entre autres missions, le SICP « identifie sur le terrain les solutions les plus efficaces et fournit les capitaux nécessaires pour reproduire leur succès au sein de communautés qui, à travers le pays, sont confrontés à des problèmes similaires. ». A ce jour, onze organisations ainsi qu’une vingtaine de fondations se sont engagées à ses côtés, afin de favoriser le développement économique, la réduction de la pauvreté, la santé des familles ou l’éducation des jeunes. Dans le domaine du privé, deux initiatives, assez proches, rencontrent un engouement sans précédent.

La Fondation Bill et Melinda Gates lance, en 2008, un appel à idées ouvert à tous. Le principe : encourager la formalisation de solutions non conventionnelles dans le domaine de la santé. 4000 propositions, sur la base d’une simple note, en provenance d’une centaine de pays seront ainsi étudiées. Parmi les 104 projets financés : la mise au point d’un procédé de conservation de vaccins révolutionnaires permettant de s’affranchir de la chaîne du froid.

La même année, Google recourt au même procédé, cette fois dans les domaines de l’énergie, de la communauté, de l’environnement, de la santé, de l’éducation et du logement. Ce projet 10100 reçoit 150 000 propositions issues de 170 pays. Google en financera cinq parmi lesquelles l’accessibilité aux documents gouvernementaux publics pour les citoyens américains ou encore une bibliothèque éducative en ligne, accessible au monde entier.

Royaume-Uni : les collectivités publiques mènent le jeu

En 2006, les habitants de Totnes, ville d’Angleterre, se regroupent afin d’explorer les voies d’action collective pour répondre aux enjeux de rareté des ressources énergétiques et de changement climatique. Plus de 40 projets au total, comme le plan de réduction énergétique ou la création de jardins partagés et d’une monnaie locale, au sein desquels plus d’un tiers des habitants sont impliqués.

Dans le Comté du Kent, c’est un laboratoire de l’innovation sociale (SILK) qui a vu le jour en 2007. Celui-ci a élaboré une méthode et un cadre de travail en mettant l’individu au cœur du dispositif de développement et d’amélioration des politiques publiques. L’amélioration des relations entre administrations et familles à bas revenus ou la réorganisation des maisons de service public pour un meilleur accueil des usagers font partie des actions menées.

Danemark : une politique gouvernementale ancrée dans l'innovation sociale

Expérience remarquable au Danemark : le Mindlab, créé en 2002, est une organisation transversale aux ministères régissant les domaines de l’économie, de la fiscalité et de l’emploi. Cette structure, d’une forme inédite, cherche à associer citoyens et entreprises aux processus de développement de solutions nouvelles et efficaces pour les services publics. En ligne de mire : une véritable conduite du changement dans l’administration avec des applications très concrètes telles que des travaux menés sur le recrutement de travailleurs étrangers et immigrés ou l’implication des entreprises dans la création d’une économie verte.

Un concept d'avenir ?

Silicon Valley sociale et cabinet des initiatives en Espagne, Centre pour l’innovation sociale à l’Université de Stanford ou encore programme EMUDE*** de la Commission Européenne… de nombreuses expériences mériteraient leur place, ici, tant l’innovation sociale est devenue, en l’espace de quelques années, aussi essentielle pour les politiques publiques, que pour les entreprises privées, organisations internationales ou le domaine associatif… Elles révèlent un concept aux formes multiples, mais qui, inéluctablement, trace l’une des voies de développement de nos sociétés.

* Article réalisé sur la base des travaux de Philippe Durance

* OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Economique
** CEPAL : Commission Economique pour l’Amérique Latine et les caraïbes
*** SICP : Office of Social Innovation and Civic Participation
**** EMUDE : Emerging Users for Sustainable Solutions

Novembre 2010