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Commerce équitable et environnement : une histoire durable ? Article Commerce équitable et environnement : une histoire durable ? Si le commerce équitable s’inscrit depuis l’origine dans les principes du développement durable, les griefs qui lui sont portés en termes de préservation de l’environnement sont tenaces. A l’heure où la Fondation Macif soutient la mise en œuvre de diagnostics des pratiques environnementales chez Artisans du Monde et la Plate-Forme pour le Commerce Equitable, un petit tour d’horizon s’impose.

Commerce équitable : un des maillons du développement durable ? C’est la question que pose en substance la chercheuse Virginie Diaz Pedregal dans un article - bilan* sur ce mouvement né en 1946 mariant « solidarité et commerce, coopération internationale et entreprise lucrative ». En effet, s’il « vise à établir une plus grande équité dans le commerce mondial, en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs** » , le commerce équitable n’est pas doté d’un bilan carbone totalement neutre. Développement des cultures d’exportation, transport des marchandises, monocultures, emballages des produits finis… Ecologique, le commerce équitable ne l’est pas forcément car il est né, avant tout, d’une « volonté de solidarité entre le Nord et le Sud  » en privilégiant « les besoins économiques et sociaux des producteurs du Sud***».

Transport des marchandises plus polluants : une idée reçue

Aussi, les détracteurs du commerce équitable passent au crible la politique environnementale de ses acteurs. On a ainsi entendu nombre de critiques au sujet du transport des marchandises, véritable nid à CO2. Le commerce équitable implique, de fait, une circulation des produits sur de longues distances, d’un lieu de production dans le Sud vers un lieu de consommation dans le Nord. Une critique que tempère Julie Stoll, coordinatrice à la Plate-Forme pour le Commerce Equitable (PFCE) : « Aujourd’hui, l’alternative à un produit équitable qui vient du Sud, c’est encore un produit non équitable qui vient du Sud ! Le modèle du commerce équitable a un impact bien moins nocif que le modèle industriel. En outre, les importateurs de produits de Commerce équitable utilisent dans leur grande majorité le transport par bateau, qui est beaucoup moins émetteur de gaz à effet de serre que l’avion.  » . La PFCE n’hésite pas, cependant, à encourager ses membres à effectuer des diagnostics environnementaux de leurs pratiques. Des diagnostics qui confirment la nuance apportée par Julie Stoll : « Un de nos membres a réalisé une Analyse sur le Cycle de Vie du sucre de canne qu’il commercialise. Son étude a conclu que ce produit était finalement moins polluant que le sucre de betterave produit en Picardie. »

L’agriculture paysanne : un terreau du développement durable

En ligne de mire également : les modes de production. En favorisant le développement des cultures d’exportation au Sud, le commerce équitable se ferait au détriment des cultures vivrières. Par ailleurs, leur intensification provoquerait des répercussions écologiques néfastes : les polycultures favorables à la préservation de la biodiversité laissant parfois place à des monocultures, jugées à court terme plus rentables économiquement pour les populations défavorisées Des accusations contestées par de nombreux acteurs du Commerce équitable, dont la PFCE : « les organisations de petits producteurs fonctionnent sur un modèle d’agriculture familiale, très peu utilisatrice d’entrants chimiques et globalement respectueuse de l’environnement, car elle fait appel à un mode de production non intensif. »

Dans un dossier consacré à ce sujet , Stéphane Leborgne, président de la Fédération d’Artisans du Monde, plaide dans le même sens : « les organisations du Commerce équitable encouragent les producteurs à adopter les méthodes de l’agriculture biologique et à développer leur production agricole vivrière.**** » De fait, des critères environnementaux constituent, aujourd’hui, les fondamentaux du commerce équitable : interdiction d’utiliser certains pesticides, incitation à l’instauration de pratiques écologiques de maintien de la fertilité des sols (fabrication de composts à partir de déchets agricoles et ménagers, création de lombricultures…), de conservation des sols (élaboration de terrasses sur les versants pour lutter contre l’érosion)…

Faire connaître les engagements environnementaux du Commerce équitable

Les idées reçues sont nombreuses car, indéniablement, les attentes sont exigeantes vis-à-vis d’un secteur en expansion (en 2008, le commerce équitable a généré un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros avec une croissance de 12%) qui se veut éthique et qui revendique une parenté avec les trois piliers (social, économique et environnemental) du développement durable. Malgré tout, les engagements du commerce équitable en faveur de la protection de l’environnement restent mal connus du grand public. Un aspect dont sont conscients ses protagonistes qui veulent faire de cette transparence environnementale leur nouveau cheval de bataille. Outre une « Quinzaine du commerce équitable » consacrée à l’environnement en 2009, ses acteurs comptent bien continuer à faire évoluer leurs pratiques et œuvrer en faveur de l’environnement !

* Le commerce équitable : un des maillons du développement durable ? Virginie Diaz Pedregal. Développement durable et territoires. Janvier 2006
** Plate-forme pour le Commerce Equitable. 2000.
*** Voir note1
**** Commerce équitable et environnement. Stéphane Leborgne. Equité, bulletin d’éducation au Commerce équitable. Mars 2009

Juin 2010