A l’issue du défilé de mode organisé à la Cité de la Mode et du Design, les couturières étaient fières du travail accompli « À présent si je devais, pour une raison x ou y arrêter de travailler, je le ferais la tête haute », confie Danièle, une ancienne chômeuse aujourd’hui en activité grâce au réseau Tissons la Solidarité, une fédération de structures d’insertion parmi lesquelles, l’association dans laquelle Danièle trie, lave et repasse des vêtements de seconde main.
C’est le 6 mai dernier, à la Cité de la Mode et du Design, lieu hautement symbolique et sous le patronage de Christian Lacroix, que cette couturière d’une cinquantaine d’années a, avec 29 autres de ses consoeurs, présenté une collection de vêtements dont elles ont conçu les patrons, choisi les étoffes et réalisé les modèles. Des étoffes ou plutôt des rebuts, à entendre Caroline Portes, la directrice de Tissons la solidarité (voir interview). Car c’est bien de rebuts de vêtements dont il s’agit : ceux dont on ne veux plus, qui ne nous vont plus et que parfois, nous jetons, mais qui, dans le meilleur des cas, lorsque nous les confions à Emmaüs ou au Secours Catholique peuvent se retrouver entre les mains adroites et bienveillantes des couturières de Vestali, de La Bobine ou encore de Divertissage, quelques-uns des ateliers d’insertion ayant participé au défilé du 6 mai.
© Elodie Perriot/Secours Catholique
Les objectifs de ce défilé ? « Agir sur la représentation des personnes travaillant dans les chantiers d’insertion en mettant en avant tout le savoir-faire et le talent de ces couturières. » nous explique Caroline Portes. Les chantiers d’insertion reçoivent ainsi des femmes en situation d’exclusion plus ou moins proches de l’emploi. Salariées sous la forme de contrats aidés, celles-ci participent à l’activité économique des structures qui les accueillent et reçoivent un accompagnement socioprofessionnel personnalisé. Un accompagnement qui permet à ces femmes, victimes collatérales des délocalisations sauvages, de retrouver un emploi dans le circuit économique classique.
Des parcours difficiles et une estime de soi à regonfler, pour ainsi dire. Mais elles étaient « en position de force » le 6 mai, comme le confirme Caroline Portes, organisatrice en chef du défilé. Car ce sont elles qui ont porté leurs propres créations, devant Christian Lacroix et un parterre des plus glamour : Chanel, Gaultier, les magazines Elle, Marie-Claire… des professionnels de la mode, curieux de cette initiative, pour le moins innovante. Un choix que défend Caroline Portes : « Le but ce n’est pas de caricaturer le monde de la mode et de prendre de vrais mannequins parce que ça n’a pas de sens. On est pas là pour ça, on est là pour mettre en avant notre talent. »
© Elodie Perriot/Secours Catholique
Un talent qui a permis de gagner la reconnaissance du milieu, ce qui incite Tissons la solidarité à continuer dans cette voie. Son but : professionnaliser les quinze chantiers couture et créer un atelier de style sur Paris pour permettre d’alimenter les collections pour les quinze structures. Une véritable griffe de haute couture « Tissons la solidarité » est en train de voir le jour, une griffe solidaire, environnementale et sociale. Pour une mode durable.
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