Reportage chez les Médiaterre à Lille

Programme phare de l’association Unis-Cité, « Les Médiaterre » sont des jeunes en Service Civique qui relèvent un défi majeur : aider des familles modestes à adopter des gestes éco-citoyens sur la durée. L’objectif est double : permettre à ces familles de faire des économies tout en faisant un geste pour l’environnement.

Des grues et des chantiers à n’en plus finir, c’est un quartier en rénovation que nous découvrons à notre arrivée Métro Porte des Postes, où nous nous rendons pour rencontrer les « Médiaterre ». Depuis début 2010, le quartier de Lille Sud, où résident essentiellement une population peu aisée financièrement, est au centre de la politique de rénovation urbaine portée par la communauté d’agglomération lilloise. « Un quartier qui souffre d’une mauvais réputation. On en parle dans la presse uniquement lorsqu’il y a de la délinquance  », explique Diana, l’une des huit Médiaterre qui nous accueille au Centre d’action sociale du quartier.

Intégrer le quartier, rencontrer les familles

Les Médiaterre, ce sont ces jeunes reconnaissables à leurs t-shirts orange fluo qui réalisent leur service civique avec Unis-Cité, association partenaire de la Fondation Macif. Leur spécificité ? L’accompagnement de familles*, en situation de précarité, dans l’apprentissage d’éco-gestes : soit des gestes quotidiens qui permettent de réaliser des économies d’énergie et d’argent tout en préservant l’environnement. La semaine dernière, le petit groupe a visité les lieux en compagnie d’une architecte-urbaniste, une étape essentielle : « Cela fait partie du parcours d’intégration, explique Diana. Car avant de travailler avec les familles pour l’apprentissage des éco-gestes, il faut connaître le quartier pour mieux appréhender le public. » Hélène, responsable de l’équipe revient sur cet accompagnement mis en place par Unis-Cité : « L’année précédente, nous avions essuyé trop de refus en faisant du porte à porte pour rencontrer les familles. Nous avons donc dû repenser la manière de créer le lien  ». Visite d’un tribunal, d’un théâtre, rencontre des partis politiques de la ville sont aussi au programme, les Médiaterre suivent une formation citoyenne complète, doublée d’une appropriation du terrain : un préalable indispensable qui se traduit aussi par un investissement dans les associations du quartier.

Car Médiaterre ne se résume pas uniquement aux éco-gestes. Il s’agit cependant du projet majeur que devront réaliser les volontaires au cours de leurs neuf mois de service civique. En parallèle, ils doivent mener de front 3 projets « mineurs » au sein d’associations locales, nous explique Hélène. Parmi ceux-ci, accueil et animation auprès des bénéficiaires d’Amitié et partage, une association qui effectue de la distribution alimentaire, de jouets et de vêtements auprès des plus démunis, jardinage avec les Ajoncs, Association des amis des jardins ouverts mais néanmoins clôturés et coup de main aux membres du GRAAL, Groupe de Recherche d’Aide et d’Accès au logement, auprès des habitants.

Autonomie et prise d’initiative au cœur des missions

Quatre missions, donc, et un emploi du temps organisé en conséquence. Ce mercredi, Diana et Baptiste travaillent sur le flyer qu’ils comptent distribuer sur le marché, vendredi prochain, pour prendre contact avec les habitants, tandis que Dimitri réalise un jeu vidéo interactif pour les enfants du centre d’action social, afin de faciliter l’apprentissage des éco-gestes. Une autonomie quasi-totale pour ces jeunes, en mission depuis seulement 1 mois : « C’est vrai que ce peut être parfois déstabilisant car nous devons prendre les choses en main, aller à la rencontre des responsables des autres structures », souligne Diana. Cependant, Hélène veille : « j’ai une réunion avec eux toutes les semaines pour faire le point, savoir où en sont leurs projets et les conseiller. Mais notre but, c’est de les rendre le plus autonome possible.  » 

En ligne de mire, l’une des principaux objectifs d’Unis-Cité : favoriser l’esprit de responsabilité et l’engagement citoyen : « Ma mission, c’est de fournir à la fois un accompagnement collectif et un accompagnement individuel pour développer leurs compétences au cours du volontariat et sur l’après, c’est-à-dire la recherche éventuelle d’une formation ou d’un emploi  » poursuit Hélène. Il faut également renforcer la cohésion d’équipe, car il s’agit de profils très diversifiés ». Un rapide tour de table nous en convainc rapidement : tailleur de pierre, ingénieur, menuisier, décoratrice, barmaid, en cours d’étude ou n’ayant pas encore commencé… les profils sur la seule échelle des 18 à 25 ans imposée par Unis-Cité sont très diversifiés. « Un enrichissement, considère Baptiste, le tailleur de pierre. On rencontre ici des personnes que l’on n’aurait jamais eu l’occasion de rencontrer autrement ».

Cette diversité est un des critères dans le recrutement des Médiaterre, la motivation et la capacité à travailler en équipe en font aussi partie. Une nécessité pour réussir à rencontrer les familles et les convaincre de suivre l’accompagnement pendant 9 mois. Sur une centaine de dossiers, 32 jeunes deviendront ainsi des Médiaterre le temps d’une année. Créer du lien social, améliorer la situation précaire de certaines familles et participer à la préservation de l’environnement seront le résultat ce cette pause, jugée nécessaire par la majorité d’entre eux : une formation citoyenne avant de se lancer dans la vie active.

Retrouvez l’interview de Jean-Yves Kéroulé, accompagné par les Médiaterre en 2009.

Pour en savoir plus : www.lesmediaterre.fr

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