« Nous sommes une réalité incontournable du monde économique »

Prise de conscience de son importance par les pouvoirs publics français, meilleure reconnaissance au niveau européen… L’économie sociale s’impose petit à petit dans le paysage économique, même s’il faut rester vigilant. Entretien avec Jean-Claude Detilleux, Président du Ceges* et PDG du Crédit Coopératif.

Fondation Macif : Quelles sont les perspectives de l’économie sociale pour cette année ?

Jean-Claude Detilleux : Je pense que 2008 devrait être un bon cru pour l’économie sociale. En effet, les pouvoirs publics commencent à réaliser que nous sommes une réalité incontournable du monde économique. J’en veux pour preuve le message d’encouragement que nous a adressé Christine Lagarde, la ministre des Finances, lors de notre première rencontre nationale des chefs d’entreprise de l’économie sociale et solidaire, qui s’est déroulée le 18 janvier dernier à Paris.

Nous avons également été bien entendus par le cabinet de Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé des Entreprises et du Commerce extérieur. Les responsables politiques commencent à comprendre que nous représentons une chance pour les PME, une opportunité de développement.
En rassemblant les forces de l’économie sociale, le Ceges peut montrer notre poids global, à savoir 10 % du PIB et de l’emploi. Bref, l’absurde, c’est-à-dire l’ignorance de ce que nous sommes, ne dure pas toujours à condition de s’en occuper !

FM : Qu’en est-il au niveau européen ?

J-C.D : Nous avions bien progressé lorsque Romano Prodi présidait la Commission européenne. On ne peut pas en dire autant depuis l’arrivée de Manuel Barroso : nous avons vécu pendant deux ans une période de « glaciation ». Les choses ont évolué au printemps 2007, au moment de la relance du traité européen. Le développement régional et la cohésion sociale sont revenus sur le devant de la scène et les banques coopératives ont même été félicitées par la Commission pour leur contribution.
Restent des zones d’ombre : le flou sur les services d’intérêt économique général ; le statut des mutuelles et des fondations : à cet égard, l’action de l’intergroupe économie sociale au Parlement européen est un atout essentiel.

FM : Comment s’est déroulée la rencontre des chefs d’entreprise de l’économie sociale et solidaire ?

J-C.D : Plus de 800 personnes ont participé à cette rencontre : ce simple chiffre est très réconfortant. Cette manifestation a été très positive. Elle a permis une prise de conscience de la force de l’économie sociale, y compris au sein des différents mouvements, qui ne se connaissent pas suffisamment bien les uns les autres.
Notre objectif était de nous montrer comme de vrais entrepreneurs et de demander à ce que l’on nous traite comme tels.

FM : Comment vous situez-vous dans le Grenelle de l’insertion ?

J-C.D : Le risque, c’est que l’on nous classe dans la catégorie des organismes caritatifs. Une fois affirmé notre statut d’entrepreneur, il n’y a aucun problème à participer au Grenelle de l’insertion. D’autant plus que nous sommes les meilleurs partenaires dans tous les dispositifs contre l’exclusion, pour l’insertion et la création d’emploi. Nous le prouvons tous les jours.

FM : Quels rôles doivent jouer les fondations de l’économie sociale ?

J-C.D : Parce qu’elles sont en accord avec la philosophie de leurs entreprises, elles sont bien plus fortes que les fondations des entreprises « capitalistes », qui servent souvent d’alibi. Leur rôle, c’est de développer la recherche, de distinguer les actions exemplaires et de mener des partenariats y compris dans les pays en voie de développement.
Le Crédit Coopératif vient de renouveler sa fondation, en doublant ses moyens, pour atteindre 1,5 million d’euros par an. C’est dire l’importance que nous lui accordons. 

 * Ceges : Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale.

 


Portrait

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, ancien élève de l’ENA, Jean-Claude Detilleux, 66 ans, est PDG du Crédit Coopératif depuis janvier 2007. Président du Ceges, il a été élu, en décembre dernier, Président de la Conférence Européenne Permanente des Coopératives, Mutualités, Associations et Fondations (CEP-CMAF), l’institution qui représente l’économie sociale au niveau européen. 



Qu’est-ce que le Ceges ?

Fédérer les différents mouvements et structures de l’économie sociale et solidaire, pour valoriser ce secteur auprès du public, des pouvoirs publics et des institutions : tel est le rôle du Ceges (Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale). Un rôle d’autant plus important que la mondialisation s’accompagne d’une généralisation du modèle capitaliste.
Le Ceges est composé de quatre collèges et regroupe les organisations nationales fédérées des grandes familles de l’économie sociale française : le Groupement national de la coopération (Gnc), la Conférence permanente des coordinations associatives (Cpca), la Mutualité d’assurance (Gema) et la Mutualité Santé (Fnmf), ainsi que le Comité de coordination des œuvres mutualistes et coopératives de l’éducation nationale (Ccomcen), l’Association des fondations de l’économie sociale (Asfondes), la représentation nationale des Chambres régionales de l’économie sociale (Cncres) et la représentation des syndicats d’employeurs de l’économie sociale.

En savoir plus : www.ceges.org

 



Liens utiles

Guide annuaire de l’économie sociale (Gaes)
www.gaes.org

Nouveau site du mouvement coopératif
www.entreprises.coop

Unions régionales des Scop
www.scop.coop

Association internationale des investisseurs dans l’économie sociale (Inaise)

www.inaise.org
 

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