« Le Ceges doit jouer un rôle d’incubateur de l’économie sociale »

Fédérer ses différentes composantes pour porter la voix de l’économie sociale. Tel est le projet du Ceges (Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale). Entretien avec Alain Philippe, Président de la Fondation Macif et vice-président du Ceges.

Annéee : 2008

Fondation Macif : Quelle est la nouvelle stratégie du Ceges ?


Alain Philippe : Deux délibérations du conseil d’administration en décembre et en février ont conclu à la nécessité pour le Ceges d’élaborer un projet politique, afin qu’il inscrive son dessein sur le champ de la transformation sociale.
Le Ceges est l’interface de ses membres et des pouvoirs publics. Son rôle, est de promouvoir une approche humaniste de l’économie, différente de celle du modèle capitaliste.
Il doit se positionner comme un acteur en mouvement. L’état, les pouvoirs publics, ont un rôle fondamental à jouer, celui notamment de garantir la solidarité de la nation. Ce n’est précisément pas la mission de la société civile, laquelle ne peut répondre à tout, car elle n’est pas garante de l’égalité entre citoyens, elle a par contre un rôle social, sociétal même, à jouer, surtout dans le cadre actuel de la mondialisation.

FM : Est-ce à dire que le Ceges souhaite s’impliquer au niveau politique ?

AP : Comme il l’a fait lors des dernières élections présidentielles, en interpellant les candidats, le Ceges, en excluant bien sûr, toute démarche partisane, doit pouvoir prendre la parole, s’agissant des thèmes qui relèvent de sa responsabilité.
Le Ceges entend faire valoir les attentes et les propositions de ses membres. C’est pourquoi, il doit pouvoir intervenir auprès des pouvoirs publics et témoigner de la nécessité de transformer la société pour la rendre plus juste, et pour que les pratiques économiques soient plus respectueuses des valeurs portées par l’économie sociale.

FM : Quels changements pour le Ceges implique cette nouvelle stratégie ?

AP : Les mouvements ou collectifs qui composent le Ceges doivent sortir de leur « égocentrisme ». Il semble indispensable que chaque famille (mutuelles, coopératives, associations, fondations, employeurs…) arrête de cultiver son pré carré pour que tous ensemble labourent un champ plus large, celui de l’économie sociale, de cette économie humaniste, que tous appellent de leurs vœux.
Il est souhaitable de conduire le Ceges sur un terrain plus fédérateur, et de se poser la question : en quoi et pourquoi l’économie sociale est-elle différente ? Le Ceges doit jouer un rôle d’incubateur de l’économie sociale et devenir un organe représentatif des structures qui le composent.

FM : Concrètement, comment cette nouvelle stratégie s’exprime-t-elle ?

AP : Le Conseil du Ceges a décidé l’organisation des assises qui se dérouleront le 1er octobre prochain. Pour les préparer, il a initié deux groupes de travail sur deux thèmes : « Qu’attend-on de l’économie sociale ? » et « Comment rassembler les acteurs de l’économie sociale ? »
Le Ceges veut aussi prendre appui sur la rencontre des acteurs et des chercheurs de l’économie sociale qui s’est déroulée les 16 et 17 janvier derniers, et de celle des chefs d’entreprise de l’économie sociale qui a rencontré un vif succès le 18 janvier à la Mutualité à Paris (voir encadré).
Les assises devraient prolonger ces travaux et anticiper la réflexion qui se poursuivra lors de la conférence européenne de l’économie sociale prévue les 21 et 22 novembre prochain au Parlement européen de Strasbourg. De même, elles doivent être un espace d’échange avant un événement important en cette année 2008 : les élections prud’homales de décembre prochain.

Infos en plus


Qu’est-ce que le Ceges ?

Le Ceges (Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale) regroupe toutes les familles du secteur de l’économie sociale. En font partie :

- la FNMF (Fédération nationale de la mutualité française), www.mutualité.fr ;
- le GEMA (Groupement des entreprises mutuelles d’assurances), www.gema.fr  ;
- le GNC (Groupement national de coopération), www.entreprises.coop
- la CPCA (Conférence permanente des coordinations associatives), www.cpca.asso.fr  ;
- le Collège des syndicats d’employeurs des entreprises de l’économie sociale
- l’Asfondes (Association des fondations de l’économie sociale)
- le Ccomcen (Comité de coordination des œuvres mutualistes et coopératives de l’Education nationale), www.ccomcen.org ;
- le CNCRES (Conseil national des chambres régionales de l’économie sociale), www.cncres.org ;

L’économie sociale en chiffres

800 000 entreprises
2 millions de salariés
38 millions de sociétaires et 55 000 salariés au sein des mutuelles de santé
21,4 millions de sociétaires et 33 000 salariés au sein des mutuelles d’assurance,
31 700 salariés dans les 546 entreprises d’insertions

Rencontre de la Mutualité : une autre économie est possible

Le 18 janvier dernier, 800 chefs d’entreprise de l’économie sociale et solidaire se sont retrouvés à la Mutualité à Paris pour rappeler leurs valeurs et interpeller les pouvoirs publics sur l’importance de prendre en considération ce secteur de l’économie. Dans un message adressé aux participants, Christine Lagarde, ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, indiquait notamment : “Sachez combien les entreprises et les activités que vous représentez comptent pour moi (…). C’est notamment grâce à vos entreprises, à leurs capacités à s’engager dans des nouvelles activités, à adopter des organisations du travail innovantes, telles que les coopératives que nous pourrons accompagner l’émergence de nouveaux métiers, qui fourniront les emplois de demain”.

En savoir plus :
www.ceges.org