La FNAB face aux défis de l’agriculture biologique

Soutenir les initiatives qui concourent à la préservation de l’environnement, c’est l’un des desseins que partage la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB) avec la Fondation Macif. Rencontre avec Vincent Perrot, délégué aux politiques agricoles et aux nouveaux défis.

Vincent Perrot, délégué aux politiques agricoles et aux nouveaux défis à la FNAB © D.R.

Fondation Macif : En comparaison avec l’Allemagne ou le Royaume Uni, la France dispose d’une surface exploitable en bio encore relativement faible. Comment cela évolue-t-il ?

Vincent Perrot : C’est vrai que nous avons pâti de la culture de la productivité en France. Très forte dans les années 50, cette culture fut celle de la majorité des exploitants agricoles pour qui, le progrès c’était de produire plus en utilisant la chimie de synthèse. La bio, quand à elle, était considérée comme la culture de « grand papa », ringarde, sans avenir. Pourtant, elle a fait d’énormes progrès, les producteurs bios sont très souvent des ingénieurs agronomes, des techniciens très pointus dans leur spécialité ! Aujourd’hui, le Grenelle de l’environnement a fixé des objectifs de développement très ambitieux . De 2% des surfaces, l’objectif est d’atteindre 6% en 2013 et 20% en 2020.

FM : Passer en bio, pour un producteur, c’est un défi. Sa production est, de fait, plus fragile que celle d’un producteur conventionnel. De quelles assurances dispose-t-il ?

VP : Nous développons des caisses de mutualisation afin d’amortir les périodes de stagnation du marché, que rencontre toute filière naissante. La caisse de mutualisation permet au producteur bio de toucher une prime et de vivre à tout moment, et décemment, de sa production en attendant que le marché se développe de nouveau. Les producteurs sont très intéressés car c’est un moyen de développer la production bio de façon linéaire.

FM : Que pensez-vous des griefs portés à l’agriculture biologique, selon lesquels, votre production ne peut suffire à nourrir toute une population, ce que peut faire à contrario l’agriculture conventionnelle et une production à échelle industrielle ?

VP : Si l’agriculture chimique nourrissait le monde, cela se saurait ! Je pense sincèrement qu’on peut nourrir le monde avec l’agriculture biologique, en répartissant mieux les productions vivrières sur tous les territoires du globe et en favorisant l’autonomie des fermes dans les pays en voie de développement. Il faut également arrêter de trop produire, pour exporter nos surplus agricoles à grand renfort de subventions européennes. Un exemple : l’exportation en Afrique des ailes de poulet, dont les consommateurs français ne veulent pas. Elle a totalement supprimé la production de poulets sur place, car les producteurs locaux ne peuvent pas concurrencer des produits qui sont bradés car déjà rentabilisés avant d’être revendus ! On ne peut pas continuer d’exporter nos surplus de productions aux pays en voie de développement. Il faut penser autrement et, par exemple, aider les producteurs africains à mieux produire localement. A ce moment-là, seulement, vous pourrez réduire la malnutrition et l’apport d’aides dans ces pays. Si demain, les pays qui, aujourd’hui, ne produisent pas assez se mettent à produire en bio pour leur marché local, ils gagneront en autonomie et produiront plus.

FM : La FNAB fait justement partie d’un groupe de réflexion sur la Politique Agricole Commune de 2013 ? Comment cela se passe-t-il ?

VP : Notre groupe inclut la Confédération paysanne, des associations de défense de l’environnement, de solidarité internationale et de consommateurs. Ensemble, nous réfléchissons à ce que devrait être la PAC de demain afin que la nourriture ne soit pas une ressource limitée et que l’agriculture soit saine et respectueuse de l’environnement. Ce qui motive depuis toujours la FNAB, c’est que la PAC ne soit pas la chasse gardée des agriculteurs mais s’ouvre aux demandes de toute la société. Tout le monde a le droit de donner son avis et d’être satisfait, au risque de délégitimer la PAC et de la voir disparaître faute, de soutien de nos concitoyens. C’est bien évidemment tout un monde à revoir et la bio est, elle, là aussi pour contribuer à changer le monde.

Pour plus d’informations : http://www.fnab.org/

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