« L’enjeu territorial des CAE est très important »

Le 25 février dernier, le réseau “Coopérer pour entreprendre” organisait un colloque au Palais du Luxembourg, sur le thème : “Les coopératives d’activité et d’emploi : initiatives entrepreneuriales et territoire”. Douze ans après leur lancement, quel bilan dresser des CAE ? Entretien avec Nabil M’Rad, administrateur du réseau Coopérer pour Entreprendre, dont il fut président jusqu’en février 2008.

Fondation Macif : Dans quel contexte s’est inscrit le séminaire sur les Coopératives d’activité et d’emploi (CAE) qui s’est tenu le 25 février dernier à Paris ?

Nabil M’Rad : Il venait à la suite d’une rencontre sur le sujet qui avait eu lieu en décembre dernier à Bruxelles. Toutes les initiatives lancées avec les CAE s’inscrivent dans le cadre du programme Equal, monté par le Fonds social européen pour la période 2005 - 2008, et qui vise à lutter contre toute forme de discrimination et d’inégalité dans la sphère du travail et de l’emploi.

FM : Que représentent aujourd’hui les CAE ?

NM : En dix ans, plus de 10 000 entrepreneurs ont choisi cette formule pour faire aboutir leur projet. Le réseau “Coopérer pour entreprendre” compte 56 CAE, répartis sur 123 sites. En 2007, plus de 2 100 entrepreneurs salariés ont généré plus de 30 millions d’euros de chiffre d’affaires. La CAE est donc un moyen de créer de l’activité par l’auto-emploi.

L’enjeu territorial de ces structures est très important. Par rapport aux structures d’insertion classiques, les CAE s’inscrivent dans une logique économique dont les retombées profitent aux collectivités territoriales qui ont aidé à les mettre en place. Par exemple, Energies Alternatives que j’ai créé dans le sud de la France a rapporté 154 000 € de TVA, sans parler des cotisations sociales versées. Au total, en 2007, les CAE ont généré 7 millions d’euros de richesses territoriales.

FM : Les pouvoirs publics sont-ils intéressés par cette nouvelle façon d’entreprendre ?

NM : Au gouvernement, Fadela Amara souhaite en faire un outil de développement et Martin Hirsch veut démultiplier l’outil. D’un manière générale, on constate que plus les collectivités locales et les responsables institutionnels s’approprient le CAE plus ils l’utilisent comme outil complémentaire. Malgré tout, nous allons essayer de communiquer davantage sur le sujet, par l’intermédiaire de différentes instances : prescripteurs, agences ANPE, Média et aussi le bouche à oreille.

FM : Quels secteurs d’activités et quel type d’entrepreneurs sont-ils les plus représentés dans les CAE ?

NM : Tout type d’activité peut être concerné. Mais nous avons des coopératives généralistes avec des activités diverses venant de secteurs différents dont l’artisanat en général, l’artisanat d’art, des services à la personne et des services aux entreprises. Il se développe également des coopératives plus thématiques, comme celles concernant le bâtiment. Cette structure permet de mutualiser certaines dépenses, comme les garanties décennales sur les travaux. Nous avons également des coopératives liées à la culture, autour de la problématique des intermittents du spectacle… En fait ces structures s’adaptent aux évolutions de la société.

Quant au public concerné, il s’agit majoritairement des 35-45 ans et des femmes, ce qui contraste avec les entreprises classiques qui sont le plus souvent créées par des hommes.

FM : Quels sont les freins au développement des CAE ?

NM : Le principal frein, c’est le cadre juridique du contrat de travail classique. Même s’il est appuyé par la structure, le salarié de CAE est différent des autres salariés. Il faudrait définir un statut de salarié entreprenant. C’est un des sujets que nous avons abordé au cours du colloque.
La question du financement dans les territoires les moins riches se pose également, ainsi que celle des fonds de roulement. Nous venons d’ailleurs de signer un accord avec France Active pour résoudre ce problème (voir encadré).

FM : Qu’est-ce qui vous a conduit à créer Energies Alternatives, une des premières CAE du pays ?

NM : Dans les années 1995/1996, le taux de chômage atteignait 22 % à Marseille, soit le double de la moyenne nationale. Nous avons considéré que la CAE est une solution originale qui propose une dynamique collective à toute personne se trouvant an marge du monde économique et désirant se réinsérer de manière durable, en devenant acteur de sa propre réinsertion. Aujourd’hui, Energies Alternatives est présente en PACA à Marseille, Avignon, Nice et St Raphaël ; et en Languedoc à Sète, Béziers, Narbonne et Carcassonne.


 

Un artisan des CAE

A 48 ans, Nabil M’Rad est gérant d’Energies Alternatives, une CAE qui rayonne dans le sud de la France. Ancien Président du réseau “Coopérer pour entreprendre”, il en est aujourd’hui l’un des administrateurs.

CAE : comment ça marche ?

Créée en 1995, le concept de Coopératives d’Activités et d’Emploi propose de sécuriser la démarche d’entrepreneuriat en offrant :

  • un hébergement juridique, comptable et fiscal de l’activité économique avec un numéro de TVA et de registre du commerce ;
  • un statut d’entrepreneur-salarié en CDI (Contrat à Durée Indéterminée) ;
  • un accompagnement individualisé et collectif basé sur une démarche d’apprentissage par l’action (analyse de l’évolution des résultats, conseil sur la stratégie, les démarches commerciales, etc.) ;
  • une formation à l’utilisation des outils de gestion ;
  • une gestion administrative de l’activité (facturation, comptabilité, salaires...) permettant de se consacrer pleinement à son métier ;
  • l’opportunité d’échanger avec d’autres créateurs d’entreprises.

 

Le partenariat avec France Active

Faciliter la mobilisation des outils financiers de France Active (garantie d’emprunt et apport en quasi fonds propres) et encourager, dans les territoires, la mise en relation des fonds territoriaux de France Active et des membres de Coopérer pour entreprendre. Tels sont les objectifs du partenariat signé entre les deux réseaux en juin 2007. Un comité de suivi se réunit régulièrement pour faire orienter le partenariat vers le développement économique dans les territoires.

Liens

www.franceactive.org
www.cooperer.coop
www.energies-alternatives.com
www.reseaucpe.spaces.live.com

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