De l’équitable à l’environnemental : quand les professionnels de l’équitable se mettent au vert.

Georges d’Andlau et Julie Stoll sont respectivement président et coordinatrice de la Plate-Forme pour le Commerce Equitable (PFCE). A l’occasion de notre dossier sur les connexions entre environnement et commerce équitable, nous les avons rencontrés pour échanger sur le sujet.

A quand remontent les premières actions menées par le Commerce équitable en faveur de l’environnement ?

Georges d’Andlau : L’environnement a toujours été à la base du commerce équitable ! Historiquement, notre noyau dur, ce sont les relations économiques, mais nous avons toujours cherché à faire en sorte que ces échanges Nord-Sud soient les plus respectueux en termes de développement durable et que les normes environnementales soient définies, intégrées et développées par les intéressés eux-mêmes, à savoir les organisations de producteurs du Sud.

Julie Stoll : Plus récemment, avec le grenelle de l’environnement en 2008, la croissance de la consommation bio et globalement, la prise de conscience par la société civile des problématiques environnementales, on s’est aperçu d’un déficit de compréhension de la part de beaucoup de nos partenaires, mais aussi des citoyens et des consommateurs concernant les engagements environnementaux du commerce équitable. Nous souhaitons faire savoir que le commerce équitable s’appuie sur les trois piliers du développement durable : économique, social et environnemental et que l’articulation entre les trois est essentielle.

Où se situe précisément le rôle de la PFCE à ce niveau ?

JS : C’est à l’occasion d’une nouvelle vague d’adhérents, développant avec des partenaires du Sud des produits de Commerce équitable biologiques, que nous avons démarré une réflexion sur les actions à mener en tant que collectif sur cette question. Le rôle de la PFCE, c’est de diffuser et de partager l’information. Nous avons donc commencé à bâtir un programme à la fois de mutualisation et d’amélioration des pratiques environnementales mais aussi de valorisation de l’existant, tels que l’interdiction de l’usage de certains pesticides ou la réduction du transport de marchandises par avion.

Quelles actions avez-vous mis en place ?

GDA : Nous réalisons des études d’impact et d’évaluation du commerce équitable au Sud qui prennent en compte la dimension environnementale. Par exemple, nous venons d’en lancer une sur la production du guarana au Brésil. Ce produit de cueillette est à la base de nombreuses boissons énergisantes très consommées en occident. Le problème est que cet engouement a donné lieu à des productions industrielles peu respectueuses de l’environnement et des cultures indiennes locales concernées, en Amazonie. Notre étude a pour vocation de déterminer comment le Commerce équitable peut appuyer la synergie entre un produit valorisant un environnement naturel et le respect d’une culture.

JS : Nous accompagnons également nos membres dans la mise en place de diagnostics environnementaux : bilan carbone, Analyses du Cycle de Vie des produits, diagnostic d’utilisation de l’énergie dans les boutiques de vente, bilan environnemental des fibres textiles pour les articles de mode…

Quelles conclusions en avez-vous tiré ?

JS : Les produits de commerce équitable sont peu générateurs de pollutions. Il réside cependant une marge de progrès pour laquelle nous nous efforçons d’améliorer nos pratiques. Nous avons notamment mis en place des ateliers regroupant l’ensemble de nos adhérents présents dans le circuit de distribution avec, entre autres, l’appui de la Fondation Macif. Une réflexion y est menée sur l’articulation entre la logistique, les transports et la distribution, elle-même, avec la définition et la mise en place d’axes de progrès très concrets : l’éco-conception des boutiques, l’optimisation de la logistique pour diminuer le coût carbone du transport des produits, l’information et la sensibilisation des consommateurs qui viennent dans ces boutiques et le choix de produits les plus respectueux de l’environnement. Néanmoins, les contraintes pour leur mise en œuvre ne sont pas négligeables. Nos adhérents sont, en général, des petites structures, des PME ou des ONG, et ces diagnostics coûtent chers en argent et en temps. Un soutien financier et logistique est donc nécessaire.

Dans ce contexte, quelles sont vos réactions face aux griefs portés à l’encontre du Commerce équitable au regard de ses pratiques environnementales ?

JS : J’y répondrais en disant qu’aujourd’hui, l’alternative à un produit équitable qui vient du Sud, c’est encore un produit non équitable qui vient du Sud ! Le modèle du commerce équitable a un impact bien moins nocif que le modèle industriel. De fait, on constate deux choses : 1/ Les importateurs de produits de Commerce équitable utilisent dans leur grande majorité le transport par bateau, beaucoup moins émetteur de gaz à effet de serre que l’avion. 2/ Le Commerce équitable travaille en partenariat avec des organisations de petits producteurs qui fonctionnent sur un modèle d’agriculture familiale, très peu utilisatrice d’entrants chimiques et globalement respectueuse de l’environnement. Lorsqu’on additionne les modes de production, de transport, de distribution, on constate que les produits de Commerce équitable ne sont pas aussi polluants que ce que l’on pourrait l’imaginer.

A vous entendre, la communication semblerait, sur le domaine de l’environnement, être le point faible du Commerce équitable, des actions sont-elles prévues de ce côté-là ?
 
JS : Nous venons de publier un livret « Commerce équitable et justice climatique » qui revient sur un certain nombre d’idées reçues que nous venons d’évoquer ensemble. Ce livret montre de quelle manière le Commerce équitable renforce les capacités à s’adapter et à mettre en œuvre des modèles de développement plus durables des populations rurales du Sud, premières victimes du le changement climatique. Nous prévoyons également d’aborder les problématiques liées à la biodiversité et les pratiques du Commerce équitable au cours de nos prochaines journées inter-professionnelles.

D’autres projets liés à l’environnement dans un futur proche ?

JS : Sur la question des diagnostics environnementaux, nous souhaitons poursuivre la dynamique. Actuellement, une vingtaine de structures, soit 50% de nos adhérents les ont mis en place, l’idée serait de pouvoir aller au-delà. Nous souhaitons, d’autre part, améliorer notre collaboration sur les circuits courts, ceux de proximité Nord-Nord. Nous craignons, en effet, un mouvement de repli sur soi, ne favorisant que les produits de circuits courts au détriment de la recherche d’une complémentarité entre le « Commerce équitable Nord-Sud » et le « Commerce solidaire Nord-Nord ». Ces deux démarches sont régulièrement mises en opposition, alors que, bien souvent, elles ne sont pas en concurrence mais relèvent d’une forme de complémentarité.

GDA : Et continuer à instaurer le dialogue. Faire de l’ingérence commerciale en imposant les normes environnementales du Nord, comme peuvent le faire un certain nombre d’autres organisations, ne fait qu’accentuer la reproduction de relations inégales entre le Nord et le Sud. Il ne peut y avoir de développement au Sud sans une responsabilisation et une mise en œuvre des décisions par les producteurs et leurs organisations, eux-mêmes. Il ne faut pas oublier non plus que nos partenaires du Sud ont également un certain nombre d’exigences vis-à-vis de leurs partenaires du Nord. Un dialogue est nécessaire pour atteindre un équilibre de pouvoirs entre les organisations des deux hémisphères.

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