Caroline, qui sont les couturières qui ont réalisé les modèles présentés à la Cité de la Mode et du Design ?
Il s’agit de femmes en situation d’exclusion, des petites mains touchées par les délocalisations des industries textiles et qui ont rencontré des difficultés pour retrouver un emploi. Chacune d’elle travaille actuellement dans un chantier d’insertion faisant partie du réseau Tissons la solidarité. Rien que pour ce défilé, trente d’entre elles se sont mobilisées.
Comment ont-elles vécu cette journée ?
Elles étaient très fières de montrer leur travail, fières qu’on parle de leur talent et non pas de leur situation sociale. Ce défilé, c’est la partie visible d’un travail considérable autant du point de vue matériel, le fait de retrouver un emploi, que du point de vue psychologique, le fait de reprendre confiance en soi, d’être fière de son travail… Celles qui sont des couturières professionnelles ont enfin renoué avec leur passion. Elles ont pour la plupart, connu un arrêt brutal de leur activité et lorsque l’on a 58 ans et 30 années de travail derrière soi, c’est forcément ressenti comme un échec. D’autant plus que certaines se voyaient proposer une réorientation professionnelle radicale n’ayant rien à voir avec leur métier initial.
© Elodie Perriot/Secours Catholique
Quels étaient vos objectifs à travers l’organisation de cet événement ?
Pour faire vivre un projet comme Tissons la Solidarité, il est absolument essentiel de créer des liens avec les entreprises. Ce défilé est l’un des moyens d’atteindre cet objectif. Quand j’ai commencé à prospecter les entreprises, j’ai constaté avec stupeur que celles-ci avaient une image stéréotypée des personnes salariées des chantiers d’insertion : « trop loin de l’emploi, des cas sociaux… » Nous devions agir sur cette représentation en mettant en avant tout le savoir-faire et le talent de ces couturières et en démontrant leur capacité à travailler et à s’adapter aux contraintes dans un contexte professionnel. Cela c’est traduit par l’organisation de ce défilé avec la collaboration de deux stylistes professionnels et d’un parrain de choix : Christian Lacroix. Un autre objectif, tout aussi fondamental, c’est la préservation de l’environnement. Nous souhaitions, en défilant avec des modèles conçus à partir de vêtements de seconde main, adresser le message suivant : avec les vêtements que vous jetez à la poubelle, nous pouvons créer de l’emploi.
© Elodie Perriot/Secours Catholique
Depuis quand cette dimension écologique est présente dans les actions de Tissons la solidarité ?
L’aspect environnemental est lié à Tissons la solidarité depuis sa création. Dès le départ, nous nous sommes battus pour la contribution textile (voir leader). Plus on collecte de vêtements, plus on crée des emplois pour les trier, les laver, les repasser, les vendre. Tout ce qui ne finit pas en boutique, les vêtements de seconde main, ce sont des pièces que nous démontons et dont on recycle toutes les parties : on recrée des vêtements à partir de rebuts textiles.
Une démarche qui a trouvé un écho très positif chez le parrain de votre défilé, Christian Lacroix…
Oui, c’est la pertinence du projet qui lui a plu, sa dimension à la fois environnementale, sociale, économique et culturelle. Ces femmes, originaires du nord de la France pour la plupart, ont vécu la crise du textile de plein fouet. Christian Lacroix évoque une crise culturelle et je suis d’accord avec lui : on perd notre savoir-faire et notre patrimoine. Ce défilé démontre qu’avec un coût de matières premières égal à zéro, on peut préserver l’environnement, pérenniser notre savoir-faire et participer au développement économique en créant de l’emploi autrement. Et ces aspects ne sont pas incompatibles bien au contraire, il s’agit juste, comme dit Christian Lacroix, de penser différemment.
testt