A l’origine des Accorderies françaises…

Alain Philippe, Président de la Fondation Macif, revient sur l’origine du projet d’un réseau d’Accorderies français et son actualité à l’occasion de l’inauguration de l’un de ces premiers systèmes d’échanges solidaires entre habitants d’un même quartier, dans le 19ème arrondissement de Paris.

 

Alain Philippe, quelle est la genèse du projet d’un réseau Accorderie français ?

 

C’est l’amitié, au départ, qui m’a conduit à découvrir le concept des Accorderies. Amitié avec des acteurs de l’économie sociale québécoise, que je connaissais depuis quelques années. Leur proposition de me faire découvrir cet « outil » de lutte contre la pauvreté et ma rencontre avec l’Accorderie du quartier St Roch, de Québec, en 2008, effectuée avec François Soulage, le Président du Secours Catholique ont déclenché le désir de tenter l’implantation d’Accorderies en France. Notre premier acte a été de mener, avec des collaborateurs de la Fondation, une étude d’opportunité de cette initiative de transfert.

 

Pourquoi un tel intérêt de la part de la Fondation Macif, au point d’en être le porteur de projet ?

 

La démarche des Accorderies est en complète adéquation avec notre philosophie qui est d’apporter des réponses nouvelles à des besoins sociaux non-satisfaits. La Fondation Macif, depuis son origine, cherche à lutter contre l’exclusion et la précarité, à contribuer à la cohésion et à la transformation sociale et, l’Accorderie semble un outil qui répond à tout ou partie de ces attentes. Elle a pour finalité le mieux-vivre des gens en leur permettant à la fois d’accéder à des services mais aussi d’en proposer ! Tout cela m’a vraiment parlé, car il ne s’agit pas, ici, d’échanger des biens ou de répondre à des désirs, mais bien de satisfaire des besoins réels par l’échange de services.

 


©Mourad Chefaï/Macif

 

Près de trois ans se sont écoulés depuis cette « rencontre » avec les Accorderies. Que s’est-il passé entre temps ?

 

L’étude d’opportunité révélant toute la pertinence à développer le concept d’Accorderie en France, la Fondation s’engage dans la seconde phase de son programme d’essaimage avec la commande d’une étude de faisabilité, cette fois, confiée, par un pôle partenarial constitué de l’AVISE (Agence de Valorisation des Initiatives Socio-Economiques), la Caisse des Dépôts et Consignations et nous-même à Projet 19, une association consultante qui va, pendant plusieurs mois, réaliser un travail de terrain, dans le 19ème arrondissement de Paris, territoire choisi du fait, notamment, du classement « Politique de la Ville » de l’un de ses quartiers. L’étude va avoir pour objet de recenser les forces et faiblesses de l’implantation d’une Accorderie sur ce territoire parisien..

 

Cette étude permet-elle de conclure justement à la pertinence d’une Accorderie dans le 19ème arrondissement de Paris ?

 

Les résultats de l’étude sont très positifs mais doivent passer l’épreuve de l’expérimentation. Et c’est la phase dans laquelle nous sommes entrés depuis l’été 2011 avec la régie de quartier du 19ème arrondissement qui a été choisie pour porter le projet. Une chargée de mission, Laetitia Jacob, a été recrutée pour animer l’Accorderie, après une immersion de deux semaines, outre-Atlantique, au sein des structures québécoises. Nous avons également signé une convention avec les québécois afin de transposer leur charte de franchise sociale au modèle français et de développer, en France, les outils technologiques, dont le site Internet, qui permettront de faire vivre les actuelles et futures Accorderies au jour le jour.

 

Car vous vous apercevez qu’en parallèle, le projet Accorderie a fait des émules…

 

Effectivement peu après la naissance du projet parisien, un collectif composé de l’association « la Monnaie Autrement », du Secours Catholique, d’un centre de loisirs et d’une Régie de quartier de la ville de Chambéry nous a contacté pour porter une seconde expérimentation de création d’une Accorderie. A Paris, Gisèle Stievenard, l’adjointe de M. Delanoë, chargée de la Politique de la Ville a proposé que trois autres Accorderies soient créées à Paris, en 2012. Des projets de partenariat sont également en cours de constitution avec des Conseils Régionaux et un plan de développement d’un Réseau Accorderies en France est en préparation avec la Caisse des Dépôts et Consignations, l’AVISE, le Secours Catholique et la Fondation Macif laquelle détentrice de la propriété intellectuelle du concept, entend rester la « gardienne » de la philosophie québécoise originelle.

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